Colombie: le petit Emmanuel devient le symbole des otages des FARC
Les milliers d'otages détenus par les FARC en Colombie ont un prénom, à défaut d'un visage : Emmanuel.

Elevé par les rebelles d'extrême gauche, l'enfant né il y a trois ans de la relation entre une prisonnière et un guérillero est en passe de devenir le symbole de la cruauté de cet interminable conflit.
Du même coup, sa mère, Clara Rojas, directrice de campagne d'Ingrid Betancourt et enlevée avec elle en 2002, sort de l'ombre de la candidate à l'élection présidentielle qui bénéficie d'une vaste campagne de soutien en Europe, du fait de sa double nationalité franco-colombienne. Les deux femmes font partie de la soixantaine d'otages de premier plan que les Forces armées révolutionnaires de Colombie voudraient échanger contre des centaines de leurs miliciens emprisonnés.
L'existence du fils de Clara Rojas avait été révélée en 2006 par un journaliste colombien mais le témoignage d'un policier qui a réussi à s'échapper après neuf ans de captivité a permis de mettre un prénom sur cet enfant de la guerre et d'en savoir un peu plus. "Ils ne laissent pas le bébé avec elle", sa mère, "ils la laissent le voir mais ce sont les guérilleros qui s'occupent de lui", a déclaré Jhon (bien Jhon) Frank Pinchao.
Entre les rebelles d'extrême gauche, les milices paramilitaires d'extrême droite et les criminels mus par l'appât du gain, la Colombie présente l'un des taux d'enlèvement les plus élevés au monde. Près de 700 personnes ont été capturées l'an dernier, selon les autorités, et plus de 3.000 sont actuellement retenues en otages, estime l'organisation Pais Libre. Le cas du petit Emmanuel est devenu représentatif d'une situation qui frappe toute la société colombienne.
Des émissions de télévision commencent désormais par un appel à la libération de l'enfant, qui sera également au coeur d'une prochaine campagne du gouvernement contre les FARC. Il s'agira de "montrer le niveau de cruauté de cette organisation qui en est arrivée au point où un être humain est né otage", précise le vice-président Francisco Santos, enlevé en 1989 et détenu pendant huit mois par les hommes de main du baron de la drogue Pablo Escobar, mort depuis.
L'initiative accompagne le changement récent de stratégie du président Alvaro Uribe, qui a décidé il y a deux semaines, à la demande pressante du nouveau président français Nicolas Sarkozy, dit-il, de libérer près de 200 membres présumés des FARC.
Un haut responsable de la guérilla, Rodrigio Granda, a ainsi été relâché mardi dernier, dans l'espoir qu'il facilite la relance de négociations avec les FARC. Mais l'homme a refusé ce rôle d'intermédiaire et la guérilla qualifie de traîtres les rebelles qui renonceraient à leur engagement pour retrouver la liberté. Elle exige la création d'une zone démilitarisée préalablement à l'ouverture de pourparlers sur un échange de prisonniers.
Si la famille Betancourt s'inquiète de ce que l'initiative unilatérale du président Uribe risque de priver le gouvernement de monnaie d'échange, Ivan Rojas, frère de Clara Rojas, la soutient. "Quand le gouvernement aura relâché ces prisonniers, le monde verra qui veut vraiment un accord", a-t-il expliqué à l'Associated Press.
En attendant, il s'inquiète. "Si Emmanuel vit dans la jungle survolée sans cesse par des hélicoptères et qu'en grandissant, tout ce qu'il voit ce sont des hommes en uniforme, il va devenir guérillero", prédit-il. "Nous ne pouvons pas vivre ainsi dans ce pays où un enfant est victime d'abus depuis sa naissance, un enfant qui n'a aucun droit."
La mère de Clara Rojas, également prénommée Clara, redoute pour sa part de mourir sans avoir revu sa fille ni connu son petit-fils. Mardi, cette femme de 76 ans a adressé une lettre ouverte à Emmanuel. "Comme vous me manquez tous les deux! (...) Nous voulons ta liberté! (...) Un jour tu seras grand et tu pourras lire ces lignes. J'espère qu'il ne sera pas trop tard pour moi", écrit-elle.
Les FARC n'ont pas répondu aux demandes d'entretien par courriel. Depuis l'élection en 2002 du président Uribe, la guérilla forte d'environ 15.000 hommes, qui tente depuis plus de 40 ans d'imposer la révolution, s'est enfoncée encore davantage dans la jungle et les montagnes.
A lire à cette adresse une lettre que la maman de Clara adresse à son petit-fils
http://www.educweb.org/webnews/ColNews-Jun07/French/Press/Carta_a_mi_nieto_Emmanuel-fr.pdf